Martin Camus Mimb brise le mythe de la CAN. Découvrez pourquoi cette compétition est un outil politique avant d’être un événement sportif, selon l’analyste camerounais.
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Et si on vous avait menti sur l’essence même du football africain ? Depuis des décennies, la Coupe d’Afrique des nations enflamme le continent, soulevant des passions brutes, des joies indescriptibles et des larmes collectives.
Pourtant, derrière les dribbles chaloupés et les célébrations colorées, se cache une mécanique bien plus froide et calculée.
C’est la thèse choc que défend Martin Camus Mimb, analyste et écrivain camerounais reconnu, dans une tribune qui fait l’effet d’une déflagration. Pour cette voix critique du sport africain, la CAN n’est pas une fête du ballon rond. Elle est une arme.
À contre-courant du récit officiel célébrant l’unité panafricaine, Martin Camus Mimb dégaine une analyse chirurgicale.
« La Coupe d’Afrique des nations n’est pas un événement sportif, mais un outil politique », assène-t-il. Une déclaration qui résonne comme une provocation pour le passionné lambda, mais qui s’ancre dans une lecture historique minutieuse.
L’écrivain, dont les travaux décortiquent les liens troubles entre le pouvoir et le sport, rappelle que la compétition n’a pas germé d’un simple désir d’émulation athlétique.
Dès sa genèse, la CAN fut un projet géopolitique porté à bout de bras par des icônes du panafricanisme comme Gamal Abdel Nasser et Kwame Nkrumah.
Ces pères fondateurs ne voyaient pas seulement un trophée ; ils voyaient un levier pour façonner les consciences et souder des nations encore balbutiantes.
Cette thèse, Mimb la développe dans un ouvrage à paraître au titre sans équivoque : Football africain : le but politique.
Selon lui, il est naïf de juger les investissements colossaux des États dans leurs sélections nationales à l’aune de la seule rationalité économique ou sportive.
Quand un gouvernement débloque des millions dans un contexte de crise sociale, l’indignation citoyenne est légitime, mais elle rate sa cible.
« La rentabilité économique n’est pas la priorité. Peu de pays disposent d’un marché publicitaire capable d’amortir de tels investissements. La logique demeure essentiellement politique », explique l’analyste.
Traduction : un stade plein et une victoire éclatante achètent une paix sociale que des discours ne pourront jamais garantir.
Le football, dans cette grille de lecture, se mue en un gigantesque amortisseur social. Il endort les revendications, apaise les colères latentes et occupe une jeunesse souvent désœuvrée.
Martin Camus Mimb va plus loin en impliquant les instances dirigeantes dans ce grand jeu de dupes. Il estime que la Confédération africaine de football (CAF) et la FIFA elle-même ont parfaitement conscience de cette mécanique d’anesthésie populaire.
Dans ce théâtre d’ombres, les joueurs, souvent issus du peuple, deviennent malgré eux des « vecteurs d’ambitions politiques », des icônes instrumentalisées pour redorer le blason de régimes en quête de légitimité.
Leur talent brut est capté pour devenir un argument électoral ou un outil de diversion. Là où le constat devient poignant, c’est lorsque l’écrivain camerounais identifie la seule partie prenante qui ne joue pas la comédie : le public.
« Le public reste le seul acteur à vibrer sincèrement au rythme des émotions sportives », souligne-t-il. Cette phrase lapidaire renvoie le supporter à sa solitude passionnelle.
Sur les gradins ou devant les postes de télévision, les cœurs battent authentiquement pour un maillot, une fierté ethnique ou nationale, tandis qu’en coulisses, des calculs cyniques s’opèrent.
Cet écart entre la ferveur innocente des foules et le machiavélisme des appareils d’État constitue le cœur du malaise dépeint par Mimb. Alors, faut-il continuer à regarder la CAN avec les yeux de l’enfance, en feignant d’ignorer les mains invisibles qui tirent les ficelles ?
La messe est dite : le ballon rond est devenu le plus doux des opiums.




